Communauté de l'Herbier de poésies

mardi 7 juin 2016

L'herbier page 45


De l'hiver à l'été, entre secrets et ombres, les mots coulent comme le Rhin sur les rives de l'imaginaire.






Winter am Rhein

Oh! Rhin qui nourrit les terres de tes secrets, de tes ombres !
Me saisissent ces reflets noirs dans tes eaux sombres :
Elles semblent verser leurs flux en direction des berges murées de patience,
Y entrer par quelque bouche béante, masquée de végétation profuse.
Le noir irrigue les audaces végétales, d’artifices complexes.
Qu’ils sont loin, les verts tendres du printemps,
Les verts si mûrs et divers de l’été !
Si éloignés les flamboyances automnales !
Le blanc a colonisé la vie, il a unifié la ville à son cadre.
Tout n’est plus que lignes et courbes sauvages dans les jardins,
Où elles donnent aux parcs des allures de choux fleurs en désordre,
Et aux végétaux du bord de l’eau des allures de chevelures pendantes,
Oh ! Pénitentes qui baignez, à genou sur les quais de pierres lisses,
Vos fantaisies capillaires à la coulée des eaux tranquilles du Rhin ;
Juste derrière vous, les arbres, les uns aux autres serrés,
Montent une garde tutélaire, cachent jusqu’à leurs tremblements,
Et vous masquent, aussi, aux yeux des ordinaires passants.
Gagnés de nuits et de fantasmatiques traînées nocturnes,
Ces fiers chevaliers font un dos rond au blanc qui les couronne.
La cité se recroqueville, fait masse et bloc,
De ses raideurs angulaires. Dans son écharpe neigeuse.
Plus rien n’est glorieux, sa force prospère a des allures de remparts,
Sa prière a des allures d’insolent orgueil,
L’hiver triomphe, et la froidure impose sa couleur,
Blanche et virginale grisaille, elle efface limites et barrières.
Dans la nuée grasse, seul mouvement dans cette blancheur éteinte,
Un vol d’oiseau déchire l’ouate céleste, grand-voile de pudeur fade, tendue au soleil


Serge Dela Torre (11/05/2016)
C'est grâce à ce texte de Serge sur l'herbier google que je suis entrée en contact avec le peintre.





 

Le rendez-vous...

Il la cherchait des yeux
Au loin telle une aiguille
Dans une meule de foin
Dense végétation
Au cœur de l'été
Paravent vert,
Juste les toits émergeaient
Tels des icebergs
Dans une mer émeraude...
Il la cherchait des yeux
Susan, désespérément
Se disant que l'hiver
Qui met à nu
Complique moins les choses,
Alors il cria son nom
Susan, SUSAN...


                      



                      
                  Non ce n’est pas l’hiver
Le voile
Est de brume
Le soleil pâle
Éclaire à peine
La blanche colombe
Le clocher se hausse
Au-dessus de la ville
Les arbres s’inclinent
Baignant leur chevelure
Dans l’onde du courant
Qui coule en frissonnant
Non ce n’est pas l’hiver
Mais Juste un printemps
Jour de pluie et de grêle
Brouillant l’instant






Paysage de neige
la cigogne a survolé
les arbres-moutons

figés sous leur capuche
au-dessus du Rhin


 






La neige s'appropriait tout, et la vie refluait, glacée, rongée d'Ennui, sous un ciel de brume.

Le froid et la bise avaient vidé les rues !

Le Temps aux doigts blancs, pâle comme un soupir, confit sous l'hermine, sombrait dans des rêveries mornes...

Tous les espoirs des Hommes gisaient, gelés, et se terraient autour de la flamme d'un foyer dont les lueurs rougeoyantes dansaient sur les vitres givrées...

Et l'Ennui cognait aux fenêtres

pendant que la télé braillait ses sinistres nouvelles,
pendant que l'on meublait le Temps de sommeil, de romans et de câlins impromptus,

Fenêtres des maisons cossues échouées comme navires-forteresses

Maisons au cœur d'une végétation touffue d'arbres noirs dressant leurs branches entrelacées,

Branches sur lesquelles les flocons de neige s'étaient amassés, agglutinés, avant de glisser sur le sol dans un long chuintement, soufflés par le vent qui rôdait et cinglait,

Ennui comme pour rappeler à l'Arbre ainsi qu'à l'Humain que toute étape de croissance est douloureuse, qu'importe les saisons...

Une Force s'était déversée sur ces arbres qui les poussait à s'élever en étages vers le Haut de la montagne.

Ils avaient pris de l'expansion et occupaient tout l'espace.

Mer béatifique aux bras levés en adoration, que couronnait comme un pur calice une Cathédrale

Cathédrale surmontée de la flèche dentelée de son clocher...

Flèche dentelée, merveilleuse broderie spirituelle qui escamotait la nudité livide du ciel, comme happée par l'Infinie Beauté de l'Autre Rive, diffusant sur les Humains et Arbres une luminosité sereine...

Les nuages s'étaient refermés sur un pâle soleil qui tentait vainement de rivaliser avec cette clarté céleste, puis capitula et sombra dans le Rhin,

Rhin roulant ses eaux noires le long de la Berge murée de pierres,

Berge sur laquelle croulaient en folles loques échevelées des buissons épais écrasés sous des édredons ouatinés....

Il y eut soudain dans l'air de mystérieux claquements secs .... comme ceux d'une mitraillette ?

Suivis d'un long chuintement d'ailes ?

Comme l'âme qui quitte le corps vers le Repos éternel, une cigogne traversait le ciel austère ....

Vers quel horizon ?

Spasme de vie dans ce monde lunaire !









Chut lorelei, chut !
laisse le village endormi
au silence du fleuve





 
Ma ville,

J'ai aimé le silence de tes ombres laiteuses
légères, furtives
dérobeuses de nuit.
Plus de noir, plus de gris
l'espace a rajeuni
de ta douceur laineuse.
Nos pas s'étirent vers la nuit
un souffle frais adossé aux épaules
l'espoir serein de peindre un nouveau monde.
Coule la vie sur les trottoirs bleuis
malgré les mots gercés,les regards dérobés.
Ma ville a le coeur assoupi
les murailles sont d'ombre
et les mots au silence.
Dors, dors
demain il fera jour!

http://balaline.eklablog.com




 


Béance de vide

Le soleil se fait lune
cocon de brume
tissage d’hiver
la flèche d’une cathédrale partie à l’assaut du ciel
efface doucement ses lignes
paroles de silence
des houppelandes de neige
sur le peuple des arbres
veillent sous le regard vide des fenêtre closes
chaleur secrète des logis
pesanteur
l’humanité calfeutre ses noirceurs
ici l’on naît
ici l’on meurt
ici l’on aime
ici l’on pleure
la bouche noire des eaux
capture la pâle lueur de l’astre emmitouflé
tout n’est qu’apparences
béance de vide
ici tout ce qui vit
nous parle de fin.












7 commentaires:

  1. Je ne peux qu'applaudir à la qualité des autres participations... l'Herbier de poésie, un autre nid à mots, merci...

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  2. De très beaux écrits, bravo à tous
    Je pensais avoir envoyé ma participation, désolée.
    Vous pourrez la trouver ici: http://jama.e-monsite.com/pages/pour-l-herbier-poesie-d-adamante/neige-dans-le-paysage.html

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  3. Après tous ces replis d'hiver, si bien décrient par les uns et les autres il est temps que le printemps nous offre son tempo....

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  4. C'est vrai, Jill a raison ! L'herbier de poésie révèle des talents magnifiques ! A chaque fois la stupeur ! Que c'est beau....
    Merci à toutes et plus spécialement à Adamante... C'est un plaisir de participer, dès que je le peux...

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  5. bravo à tous. Je passe sur la pointe des pieds pour ne pas troubler cet air de sérénité dans la nuit ou dans la brume. Susan trouvera son chemin, le sien propre

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  6. Bravo pour la richesse de ces écrits

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  7. Que de voyages aujourd'hui sur le Rhin,de balades au fil des ombres et des lumières, de beaux écrits à partager !

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