Ou à la manière des poètes chinois, en prose poétique.
Pour cela je vous invite à suivre le chemin de deux immenses poètes chinois
Li Po et Wang Wei
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En voici deux exemples :
Le premier texte est deLi Po (ou Li Baï) 701 ou 702 - 762
Buvant seul sous la lune - L'immortel banni -
Source IA & wikipédia :
Est un des plus grands poètes chinois de la dynastie Tang.
Il passa la plus grande partie de sa vie à voyager à travers la Chine.
Influencé par la pensée taoïste, il fut sensible aux aspects fantastiques de la nature sauvage.
Son œuvre exprime sa personnalité, qui refusait les contraintes. Sa vie plus ou moins légendaire inspira pièces et récits.
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Le second texte est de Wang Wei (entre 701 et 761)
Les saisons bleues
Source IA & wikipédia :
Wang Wei (701-761) est l'un des plus grands poètes chinois de la dynastie Tang, célèbre pour avoir créé la poésie pastorale (ou shan-shui) avec Meng Haoran. Il est également reconnu comme un peintre, musicien et haut fonctionnaire, vénéré sous le surnom de « Poète Bouddha » (Shifo) pour son engagement bouddhiste et zen.
On disait de lui qu'il était habité par le Tao et que, délivré de toute conscience et de toutes limitations, il était en mesure de rendre à la nature sa beauté invisible perceptible aux sens.
Comme un cinéma muet mes rêves d’aujourd’hui amalgamant lectures et films d’autrefois recréent d’étranges personnages jaillissant de nulle part.
Nulle part, vraiment ?
Je n’ai ni l’art, ni le pouvoir d’interprétation des mystères, des craintes, des fantaisies de mes jeunes années. Il semblerait toute fois que mon imaginaire n’ait rien perdu de ses fantasmes d’hier qui se rappellent, en ombres chinoises, à mon bon souvenir d’aujourd’hui. J’imagine, je rêve, je frissonne, aime me plonger dans ce monde fictif inventé et évoluant au fil des années…
Ce gnome fantôme, Glissant silencieusement sur le mur, à travers mes somnolences, attire mon regard. Il ne me semble point inconnu, l’ai-je un jour créé de toute pièce ? L’ai-je visualisé dans les contes et légendes qui me bercèrent enfant ? Sort-il de l’empreinte indélébile d’un film d’aventure m’ayant un jour impressionnée ? Peu importe, il est là comme un dessin animé reliant rêveries du passé à celles du présent.
Allez savoir pourquoi, l'image m'a fait penser à une sorcière brandissant un manche à balai, ou pourquoi pas, une grande bougie. Un peu trop dodue peut-être, à moins que ce ne soit un effet d'optique. Ou l'ombre d'une marmotte qui se rêvait sorcière, ou ...
Replète la Sorcière
réclamée lue et relue
étoiles dans les yeux
Qu'est devenu l'exemplaire de ce conte, déposé à la bibliothèque de mon village ? Ici comme en de nombreux endroits, il ne manquait pas de lecteurs. Certes, comme toutes les sorcières des contes, elle avait d'horribles habitudes qui ne manquaient pas de les effrayer, très vite rassurés par la rébellion de son balai.
En illustration sonore, il aurait sans doute été pertinent de choisir L'apprenti sorcier de Paul Dukas, mis en images animées par Walt Disney dans un de ses tout premiers films d'animation
Voici plutôt un extrait d'un ballet trop méconnu du talentueux Sidney Bechet, La nuit est unes sorcière :
Le monde est rempli de mystères. Je rêvassais sans aucune idée particulière, le genre qui sautille d’une pensée sans intérêt à une autre tout aussi futile, un son qui vous capte un quart de seconde, l’éclat d’une demi lune qui vous fait un clin d’œil au travers d’un carreau à nettoyer, le ronronnement d’un moteur, vite passé, déjà oublié… Bref, une flottille de petits riens peu captivants, une foultitude primesautière et débridée qui ponctue le train-train de la vie courante sans laisser grande trace.
Et puis… Et puis, soudain, sur le mur blanc que la nuit n’avait pas commencé à digérer, je l’ai vue apparaître, s’accrocher à ses aspérités. Oh, ce n’était qu’une ombre, un petit fait qui s’exprimait au hasard d’un reflet lumineux dont la source m’était inconnue et indifférente. Cette apparition n’était sans doute que transitoire. Transitoire mais pas sans intérêt, d’où mon attention à décrypter rapidement le phénomène.
Cette ombre-là, faisait partie de celles qui captivent le regard et effacent tous les indices que le Petit Poucet de la vie sème sur notre chemin pour nous dissiper l’esprit.
Je portais donc toute mon attention et mon intérêt à ce personnage, tout droit issu du monde occulte, qui tremblotait devant moi, affairé à tricoter quelqu’inquiétant sort.
Sa tête était affublée d’un haut de forme, un chapeau vraiment très haut de forme, ressemblant à une bougie sans flamme et aussi grande que le personnage lui-même. Au risque de paraître triviale, je peux dire qu’il était coiffé ! Les lèvres légèrement en avant il semblait siffloter tout en s’affairant, non sans désinvolture, au maillage de son sortilège.
À sa robe volumineuse terminée par une traîne, je subodorais que ce devait être une sorcière. Un sorcier peut-être ou encore un chaman en villégiature sur le mur de ma maison de campagne. Au domaine vestimentaire quelque peu excentrique des jeteurs de sorts on ne peut savoir avec certitude à quel genre nous sommes confrontés. Cela n’a d’ailleurs aucune importance, ces gens ne sont déjà plus vraiment de notre espèce et je n’envisageais aucunement de l’inviter à ma table pour partager, vue l’heure, ne serait-ce qu’une tisane.
Je l’observais. Je cédais à ma curiosité sans l’ombre d’un remord et, je l’avoue, avec un certain intérêt. Cela ne semblait pas le déranger, il traficotait de ses mains son ouvrage funeste sans prêter attention à quoi que ce soit d’autre. J’étais admirative.
Tissait-il une vie qu’il interromprait soudain en sectionnant un fil, à la manière des Parques ?
À peine avais-je envisagé cette possibilité que la Lune, libérée par un nuage qui en occultait jusque là la lumière, chassa le personnage, emportant avec Elle tout son mystère.
Il y a une minute, elle n'y était pas. C’était elle qui attendait d’être vue. Ce n'est pas moi qui cherchais une pie. À présent, elle est là, et tout le reste paraît presque anodin. Je ne regarde plus ce tableau de la même manière. Noire et blanche, la queue effilée d’une pie. Le plus beau, c'est que le paysage finit par lui ressembler. Le pré, les fourrés, les reflets pâles : tout est devenu le décor nécessaire à sa présence. Mon regard n’est plus libre. D'ailleurs, je me demande si ce n'est pas elle qui a peint le tableau.
Les couleurs se mêlent, s'enlacent Elles crient la vie, l'apaisement, la joie, la renaissance Elles vibrent de soleil, de paysages, d'îles et de voyages, de rencontres Une palette de bleus: l'appel de l'océan, de l'infiniment grand, de l'inconnu Sur le drap blanc des nuits, le déroulé de rêves à profusion Des heures entières à peindre un nouveau monde Il est grand temps ami, de lever l'ancre, d'avancer encore, encore
Toi, tu marches sous le soleil ardent en quête d'autres images Du désir de chasser les ombres, de panser la blessure Sur ce chemin d'épines où tant de noir te hante Laisse place à l'oiseau, à la fleur, à l'abeille, au sourire passant A la couleur du ciel, de la mousse, du couchant, des lucioles De chaque instant drapé dans la douceur des choses Pour que l'automne enfin revenu te soit plus doux
Au fil de la vie, chaque paysage emplit sa garde-robe de nos souvenirs et s’habille de la richesse de nos regards.
Sans mot, sans voix
j’écoute la cascade d’or
son chant d’eau
Verrais-tu seulement ce que j’y vois ? Te souviendrais-tu de nos escapades ?
A fleur d’enfance
renaissent les souvenirs -
notre torrent alpin
Là-haut, tout là-haut le glacier recule lentement, en bas la cascade nous enchante.
Entre pont et barrages d’un jour, se bousculent nos jeux d’alors, fous rires et inconscience…
Aux couleurs chaudes
se mêlent bleu et vert tendre
l’été s’installe
Tant de saisons depuis ont défilé, parsemées des multiples nuances de la vie. Couleurs et nuances se coordonnent. Les unes faisant échos aux autres, du printemps à l’hiver, oscillant d’hier vers aujourd’hui et réciproquement… Goutte à goutte, la clepsydre s’écoule. Les années passent…
Seule, je contemple le paysage, en remontant l’horloge des ans…
Au fond, tout au fond de la grande forêt aux arbres vertigineux, le soleil n’atteint jamais le sol.
Mousses et lichens-
Elle se promène sans peur
La grande limace
Sous le couvert des branches tissant une toile vert bouteille , Floïde, fils de Cahout, et petit fils de Cahout, s’ennuie à mourir.
Une… deux… trois fourmis…
Noires comme le jour
Sans ami et sans joie
Floïde se morfond en soupirant très fort. « Qui souffle ainsi à m’assécher le dos? » se plaint la grenouille verte. « C’est moi Floïde, fils de Cahout et petit fils de Cahout ». « Cahout? Jamais entendu parlé. Pourquoi ce vent sur mon teint satiné? ». « Parce que je ne sais pas quoi faire. C’est casse-pieds! ». « Ah bon? A ce point là? Allez, suis-moi petit Floïde! »
Nappe d’eau dormante-
Feu d’artifice
Des libellules
« Alors Floïde? Un bon bain, ça te dit? » . »C’est que… » hésite le petit Cahout. « Quoi? Cela ne te fait pas envie avec ce temps sec? ». Floïde avoue, piteux « Je ne me suis jamais baigné. C’est défendu ». « Défendu? Pourquoi? » s’étonne la grenouille. « Je ne sais pas. C’est interdit, c’est tout ». « Bah, sûrement des bêtises d’adultes qui ne veulent pas que tu te baignes tout seul. Mais je suis là pour te surveiller. Allez viens! » Et hop! Le batracien saute à l’eau et, hilare, asperge le petit Cahout.
Aux reflets de l’eau
En ricochets
Moult éclats de rires
Floïde ivre de bonheur plonge et remonte couvert de feuilles et d’algues. Il barbote, frappe le liquide, fait des bulles. Tout à son allégresse ne s’aperçoit pas qu’il se délave à vue d’œil. Le voici jaune comme un citron. Qu’importe. Il n’en a cure. C’est si bon la vie quand on a un copain!
De l’eau, le soleil, comme de la mère et père tout à la fois, l’enfant.
Du milieu aquatique, le bleu reflet de ciel, le vert. L’air nourricier indispensable aux racines joue d’échanges gazeux à la surface du magma.
Une fougère
quelques algues alanguies
et le bois mort
Il flotte dans le courant
un grand désir d’ascendre
Le monde balbutie, expérimente formes et mouvements, couleurs et parfums. Déjà il est en partance pour sa fin. L’or du printemps est éphémère.
Vivre c’est s’user
aux frottements incessants
du temps qui passe
Le rouge n’a qu’un temps, il brûle puis doit laisser place. La cendre succède au feu, c’est la loi.
Tenir n’est pas vivre
vivre n’est pas soumettre
vivre c’est être
Vivre, c’est comprendre la nécessité de composer à chaque instant avec le chemin, de s’arrimer, racine bien en Terre, afin d’accueillir le ciel. Demeurer tout à la fois souple et droit, c’est cela la maîtrise.