Communauté de l'Herbier de poésies

vendredi 23 juin 2017

Elle s'incline, la page 80 de l'Herbier


Le vieux saule de SusiS a parlé



Le vieux saule - photo SusiS 


 
Il pleure...

Symbole des larmes
Quoi de plus naturel
Pour lui que le cimetière,
Saule pleureur
Pleure
Voilà sa vocation
En ce jardin des morts...

Il pleure
Comme pleurent les pleureuses
Payées à la tâche
Autrefois
Aux funérailles
D'un pauvre hère
Derrière qui âme qui vive...

Il pleure
Depuis si longtemps,
C'est sa croix
Près du calvaire
Au Christ crucifié...

Il pleure
Et ploie
Telle la Vierge
Serrant sur son sein
La dépouille de son fils...

Il pleure
Dès l'automne
Toutes les larmes
De son corps...
Il pleure
Sur les tombes épaves
Sans nom
Sans chrysanthème
De Toussaint
En deux novembre...










Les mots des arbres

Quel est cet arbre dont on arrachait l’écorce pour écrire dessus ?
Mon père avait planté cet arbre et tous les autres et m’avait initié
À ces mots des arbres sans graver sur un arbre ses initiales, le blesser
Comment ne pas avoir froid avec l’arbre quand l’hiver, il est nu ?


D’illustres poètes ont avant moi maîtrisé les mots des arbres
Apprend-on toujours L’arbre d’Emile Verhaeren à l’école ?
Entendez-vous comme moi, ses « Lèvres folles et bras tordus »
Jeter  « vers l’avenir » et vers nous  un cri immensément tendu »
  

J’ai retrouvé les saules pleureurs des jardins de mon enfance
Dans un tableau de Monet où ils se penchaient  harmonieusement
Vers un sol jaune d’or ; Matisse, lui avait su  magnifiquement peindre
Les palmiers que je voyais osciller de ma fenêtre parfois dangereusement


Apollinaire pourrait s’être inspiré des sapins plantés par Papa
Alors que  le jardin lui  tendait son corps nu pour qu’il y  laisse
L’empreinte de ses désirs arborés ; je choisirais « L’arbre
De vie » de Klimt  pour parler à son ombre d’arbres  avec Papa.






 



Le vieux saule

Non point pleureur
Aux larmes crocodile
Mais discrète pergola
De tendre verdure

Ombrelle sur la berge
Élevant au fil des ans
Ses baleines de ramure
En arc cathédrale

Le vieux saule

Abri des amours improbables
D’un promeneur solitaire
Et d’une biche égarée

Chaque strie de son écorce
S’enrichit en silence
Des mots qui se déposent
À l’ombre de son tronc

Le vieux saule

Immortel ancêtre
D’une saulaie disparue
Paravent des cœurs
Au bord d’un ruisseau

©ABC





L'arbre séculaire
Parfois amputé
Souvent écorcé
Ce témoin ridé
Reste un Sage protecteur
Toujours habité
Il suffit de l'embrasser
Pour ressentir les forces
Telluriques absorbées 
Depuis les racines
Jusqu'aux moindres rameaux
Pour s'unir à l'air


Dans le parc
Combien de serments d'amour
Combien de larmes 
De ruptures a t-il entendu
Le vieux saule pleure
De toutes ses feuilles
L'inconstance humaine




 



Il baigne sa longue chevelure
Dans l'onde et dans l'ombre
L'arbre centenaire
Combien de temps encore
Abritera-t-il des oiseaux
Des écureuils et nos vies
Parmi tant d'autres
Patchwork
Que le vent malmène
Que le soir transmute
Les éclats du soleil
Lui tissent une cantate
Vibrante et crépitante


Dans les ombres changeantes
Il joue de ses reflets
Le grand saule






L'arbre de vie

J'aime le vent soyeux au souffle parfumé
qui fait frémir mes lianes
et pleurer mes baisers.
J'aime l'ombre légère
au doux chant de ruisseau
levée à l'aube pâle
endormie sous mes ailes.
J'aime quand tu me frôles
ma crinière aérienne
exhalant la beauté.
J'aime les mots des poètes
leurs paroles en bourgeons
qui viennent s'épancher
au profond de la nuit.
J'aime danser sur l'eau
désaltérer mes rêves
y puiser mes silences.
Je suis l'arbre de vie
le protecteur des âmes
l'un des sages de la terre.
J'aime
quand vous m'aimez !








 




Caresse du chemin
au promeneur téméraire
à l'ombre du saule

C'est légende, jamais ne pleure
partition pour les oiseaux.










Rois, hommes en peine.

Les grands rois servent leurs peuples, les grands saules les pleurent.
Non pas les rois - la plupart manquent d’ailleurs de grandeur  
Et quand bien même, certains, d’un saule, ont fait leur dernier refuge - .
Ils aiment tout autant les anonymes sujets : ceux-là qui les subissent !
Ceux-là qui s’égarent, seuls ou par deux amarrés, le long des étangs,
Le long des cours d’eau. Finalement non ! Balivernes et foutaises!
Ils me l'ont dit les géants des rivières. Qui est aimé, du grand ou du simple ? 
Qui se peut dire roi, ou gueux sous le saule ?
Son ombre, il la donne à chacun. Pour son ombre, il ne veut rien, ne demande rien.
Il puise aux sources de la terre, et sans orgueil, caresse de sa tête inclinée le ciel,
Lèche le vent, puis tombe, épuisé, en pleurs : il est Nous. Immense arbre  de peine.
À tous, qu’ils soient tristes, ou ne sachent l’être, il dit son infinie tristesse
À tous, qu’ils sanglotent bas, crie fort ou ne sachent d’ailleurs le faire,
Il goutte de branches souples en feuilles fuselées, son humide compassion.
À tous les hommes, il rappelle, que les rois ne sont jamais qu' humains ;
Que l’on rêve, seulement, sans peine, qu'illusoirement l’on croit sans chaîne.









Le vieux saule

Il a touché le ciel
puis, dans un élan d’amour
il a plongé ses doigts dans la terre
le vieux saule
et j’ai pleuré.









Et puis l'accueil du commentaire d'une sylphide qui s'est endormie le crayon à la main ;

Je me suis assise sous le saule pleureur bien à l'ombre pour écrire.
Et puis bercée par le frémissement de ses feuilles, les jeux de lumière,
je me suis endormie
alors l'arbre m'a dit: "je suis bien ainsi, dort mon amie.
Jamadrou




vendredi 16 juin 2017

Pour la page 80, un grand sage




Le vieux saule - photo SusiS  








J'ai enfin modifié la présentation du blog.

Il est exclusivement réservé à la communauté (je publie personnellement ailleurs).
Je tiens beaucoup que ce lieu soit une plate forme de rencontre et d'échanges.  Un lieu de vie.

Qu'en pensez-vous ?
Avez-vous des suggestions ?
Pourriez-vous  aussi vérifier si votre nom apparaît bien dans la liste des liens et si oui si le lien fonctionne.

En cas d'oubli ou d'erreur, une adresse :
herbierdepoesies@free.fr


Faites un heureux jour !





Vous en reprendrez bien un peu... Page 79





Vor  der Bäckerei - Alvaro De Taddéo 
"Devant la boulangerie"










Souvenir d’hier, rêve d’aujourd’hui :

Le bonheur de cet hiver d’enfance ne fut pas tant la beauté de la vitrine, que nous contemplions en gourmandise, que la joie du partage.
Sur le chemin de l’école nous étions deux ne faisant plus qu’un, complices sereins et joyeux.
L’hiver a fait place au printemps. L’été est venu. Tu es parti. Je suis restée.
Une à une, les années se sont écoulées et, quand tombe la neige, devant cette même vitrine, qui n’a pas beaucoup évolué, je me demande encore, je me demande toujours, si tu m’as oubliée.

 






Tatiana et Anatoli


Bottillons ou bottes
Fuseau,
Bonnet à pompon ou toque
Blouson,
Gants ou moufles
Écharpe...

Image hivernale
Vitrine pareille,
Chez la vieille Rufina
S'achète
En pain d'épices
Maison et bonhomme,
Couronne et lanterne
À mettre à sa porte
Une nuit bien particulière...


Ça fait rêver
Tatiana et Anatoli
Sur le chemin de neige,
Ça fait mettre en retard
Anatoli et Tatiana
Sur le chemin de l'école...

Le cartable aux leçons
N'a rien d'un enchantement
Mais seule la bonne note
Reste payante...

J'aimerais ça, dit Anatoli,
J'aimerais plutôt ceci, dit Tatiana






 


Fête de la Saint Jean
Solstice d’Été
Phase descendante
Les jours les plus longs
La nuit la plus brève
Les musiques claironnent à l’ombre des tilleuls
Parfum de roses et sorbet à la fraise
Nous voici à mi-chemin de l’année

Fête de Noël
Solstice d’Hiver
Phase ascendante
La nuit la plus longue
Les jours les plus brefs
Dans la froidure venteuse d'une rue deux écoliers
Devant le kiosque à gourmandises
Hansel et Gretel
Rêvent de la maison en pain d’épice





Paysages d’hiver


Des enfants emmitouflés font du lèche-vitrine d'hiver
William Turner a  peint Hannibal traversant les Alpes sous une tempête de neige
Maurice de Vlaminck glisse du fauve rouge et du soleil orange dans un paysage semblable
J’ai un gros faible  pour Pieter Bruegel l’Ancien « Les chasseurs dans la neige. »
Je voudrais aller  voir Argenteuil peint par Monet, recouvert d’’un blanc d’hermine



Alfred Sisley a choisi Louveciennes que je ne connais que par les impressionnistes
James Mac Neill Whistler me fait voir Chelsea en hiver, la neige d’Angleterre.
Gauguin me fait revoir la Bretagne de mes aïeules hors  de l’été  de ses plages
Albert Lebourg  m’emmène sur un pont figé de glace en Auvergne voisine
Camille Pissarro me conduit dans un Pontoise  enneigé aux couleurs froides
Mon admiration va enfin à Friedrich qui romantise un cimetière de monastère






En mode optimiste au souvenir du bonheur d'un petit bonhomme de deux-trois ans auquel on avait appris à se régaler du regard devant les vitrines sans réclamer et cela marchait.



Les pieds dans la neige
béats devant la vitrine
émerveillement

Qu'il est doux de ranimer
la mémoire de l'innocence



En mode fataliste en contre-point de l'image de la page 76




Sur l'autre trottoir
la petite mendigote
s'offre au doux soleil

indifférente au spectacle
dont elle est partout exclue.



et en illustration sonore la comptine dont je n'avais en mémoire que le premier couplet et à laquelle la vitrine m'a fait immédiatement pensé





et en référence "littéraire"  Hansel et Gretel des frères Grimm, à cause de la maison en pain d'épices de la sorcière :





Épiphanie de boulangerie


Dans la chaleur de nos bonnets,
Par les ruelles, en robes enneigées,
Nous allions : au chaud, emmitouflés.

Et l’école nous lassait de sa cloche trop molle :
Par pitié, quelques minutes de joies folles.

Au dos, ballottaient nos cartables de cuir,
Certes, bien usés, mais si fraîchement cirés.
A nos mains, des moufles par nos mères tricotées.
Nos bottes trop serrées,  étaient encore de l’an passé,
Mais elles glissaient à merveille sur les flaques gelées….

L’école nous appelait d’une cloche trop molle :
Du rêve, quelques instants encore, par pitié!

La chaleur d’un four et puis l’odeur des farines,
Douceur du sucre Candy, mie tiède de la fraiche boulange :
La vendeuse, pâlie de pains blancs nous semblait un ange.
Les vitrines, de Saint Nicolas aux veilles de Noël,
Éveillaient des rêveries de sel, des tourments irréels.
Devançaient de rêves de fêtes, d’illusions de goûter.
Délices, oh oui, délices lointains, tant convoités !

L’école nous appelait d’une cloche trop molle :
Par pitié, quelques secondes encore d’éternité.

Que de fous rires sur nos chemins frivoles d’écoliers
Qui gonflent, encore, comme des pâtes à double levée,
Yeux ébahis, doigt fixé, je me souviens d’extases
Nous salivions à une crèche, à une chaumière au toit de gaze,
Savourions sans morsures, derrière leurs papiers des figures
D’évêques  en pain d’épices, lissés de blanches glaçures.
Des peuples de « Mannela »* aux boutons de Corinthe.
Qui arrachaient à nos cœurs de si joyeuses  plaintes.

L’école nous appelait d’une cloche, soudain, folle :
Arrêtez l’heure, par pitié, tuez le temps!

Frère et sœur, dans une semblable gourmandise :
Nos désirs et nos rêves, se suffisaient à de simples odeurs
Nous savions vivre en ces temps de délices non consommés.

L’école  a fini de nous héler de sa cloche trop molle :
Courrons, courrons, le maître va, encore, nous gronder !


*Petit bonhomme à base de pâte briochée qui se mange pour la Saint Nicolas, dans tout le bassin rhénan et représente les enfants de la légende liée à cette fête.




 



Reflets d'enfance


Sur la vitre bien trop lisse
où se mêlent les reflets
d'une enfance trop dorée,
où dort la part de rêve ?

D'une cage grande ouverte
sur les senteurs poivrées
de chemins et de prés,
de tartines en partage
dans les rires d'un goûter,
de secrets échangés
à la sortie des classes,
de petits riens tout simples
en bordure des jours,
de la beauté des choses,
des choses vraies,
enfin !




 

Le désir.

Qui regarde qui ? Les enfants, en arrêt devant les figurines de la vitrine qui orneront peut-être une crèche ou un sapin pour magnifier la fête de Noël ; ou l’âme des figurines immobiles qui les interpelle sans mot ?
L’écoute de leur silence fait se pointer le doigt de la gourmandise. Pour eux, le temps s’est arrêté. La magie de l’instant éternel opère, le désir s’installe. L’empreinte de la friandise convoitée se fixe à tout jamais dans le cœur indestructible de l’enfance.
L’œuvre d’art ne participe pas du vouloir faire, mais du laisser être. Elle témoigne. Elle plonge l’observateur comblé dans la vibration d’un non agir créateur.
Je reçois donc je crée par la redécouverte de moi-même, par le retour à la source primordiale.
Ici, mon enfance, délicieusement parfumée de miel et d’épices, déploie ses ailes.



















samedi 10 juin 2017

Rêvons avec la proposition 79




Vor  der Bäckerei - Alvaro De Taddéo 




Suite à ma demande, voici la réponse d'Alvaro, merci à lui.

Bonjour Adamante,

Avec plaisir je vous permets d'utiliser un de mes tableaux c'est même une joie .
Amicalement    Alvaro







vendredi 9 juin 2017

La suite du printemps 78

Et voilà... après tous ces mots, je vois ce matin que j'ai oublié de noter la participation de Françoise.
Je suis impardonnable. Alors, une page spéciale, ici, je publie...

Désolée, Françoise, tu vois à quel point je suis faillible.
AD



Il plut des larmes de roses arc-en-ciel
............
Quatre akènes virevoltaient. Trois poules caquetaient. Une grenouille plongeait.
Les synapses synapsaient.
Et toute la terre craquelée reprenait vie.



page 78, un zeste de printemps

 
Le livre de l’Herbier s’étoffe doucement. 
Chaque vendredi une page nouvelle, une dizaine de regards. 
 
De nos convergences, de nos différences, de nos sensibilités, nous tissons l’herbier et cela est enrichissement. Les écritures évoluent de ces découvertes.

Si lire ici, déposer un mot sur ce blog réservé à la communauté (je n’y publie plus jamais à titre personnel) cela fait plaisir à tous ; visiter les autres, permet de découvrir leurs textes différemment. 
Est-ce le fait de l’écrin de présentation qui modifie notre lecture ?  
Je ne sais pas, mais le regard change et souvent le texte prend une autre couleur.
C’est particulièrement intéressant.
Mais il est difficile de mettre un lien précis sur le texte sans l’avoir publié avant chez soi.
En suivant le lien, le jour de la parution, il arrive parfois que le texte ne soit pas au rendez-vous, qu’il arrive plus tard ou... jamais.
Alors pour les retardataires (comme moi souvent) il faut le rechercher.
Certains ont mis dans leur colonne une rubrique Herbier qui simplifie la recherche, une bonne idée. Ce qui n’empêche pas de lire d’autres billets, même si on ne laisse pas toujours trace de notre passage.
Mais selon certaines remarques, les participants aimeraient bien que l’on vienne leur rendre visite chez eux, c’est tout à fait légitime et  je m’engage personnellement à faire cet effort de laisser un petit mot, même si ce fichu temps semble vouloir nous échapper. 
Tout va si vite sur le web ! Même les passionnés de poésie ont la sensation de cavaler. 
Un comble non ?

En tout cas, merci de votre participation, la perfection n’est pas de ce monde, acceptons-le.
Je trouve formidable que vous vous investissiez ainsi malgré parfois mes retards ou mes irrégularités de parutions et je vous dis un grand MERCI !

Bonne lecture, sur cette belle image de Jamadrou.

L’herbier consomme beaucoup d’images, si vous avez des suggestions, n’hésitez pas.

AD

Et voilà... après tous ces mots, je vois ce matin que j'ai oublié de noter la participation de Françoise. Je suis impardonnable. Alors, une page spéciale qui vous ramènera ici, je publie.
Désolée, Françoise, tu vois à quel point je suis faillible.
AD

Il plut des larmes de roses arc-en-ciel
............
Quatre akènes virevoltaient. Trois poules caquetaient. Une grenouille plongeait.
Les synapses synapsaient.
Et toute la terre craquelée reprenait vie.






Au jardin papillon                       Au jardin des rêves
Le printemps batifole                  Les esprits batifolent
Akènes et pétales                         Espoirs et doutes
Valsent sous la bise                      Dansent au vent des tempêtes
Rêvant des fruits                         Imaginant un bel avenir
D’un amour innocent                 Dans un monde serein
Leurs larmes de joie                    Leurs semences de paix
Sèment au petit bonheur            Égrènent au petit bonheur
Des notes colorées                      Des pousses colorées
Sous la baguette magique           Sous la baguette magique
D’un lierre en fête                      D’un rameau d’olivier

Au-dessus de leur tête                 Au-dessus de leur tête
Tournoient des hirondelles         S’envolent les colombes

            ©ABC





 
Souffle de printemps

Ciel gris perle...
Souffle de vent
Envole les akènes
Comme le parapluie
D'une gouvernante magique...

Fleurs de prunus
Comme du parachute
Suivent,
En s'épétalant
Dans la première saison...

Blanche colombe
A perdu
Quelques rameaux
D'olivier
En chemin,
Entre le sang versé
Et les larmes,
En toutes saisons...






 
 
Un dernier souffle du « Printemps » de Botticelli
Alors que sa Vénus nait doucement de l’onde
« Au printemps », Chagall pare de bleu les amoureux
Caresses  et baisers sous la lune  qui  les éclaire.
« Les derniers jours du printemps », Dali m’emmène
Sur une plage où il s’assoit pour assister à mon bain
Gauguin ne sait quel est « Le printemps de nos délices » :
Il se nomme fraise, cerise, abricot, salade de fruits, joli, joli
A ces gourmandises de fin de printemps s’ajoute
Chez Arcimboldo des fleurs qui dessine un portrait-paysage
Au printemps, l’oiseau plane au-dessus de son nid, Magritte
Le pare des verdures de la terre dans le bleu du rêve
Un dernier souffle de printemps sur la femme à l’ombrelle de Manet

               ©Laura Vanel-Coytte







Printemps Bien-aimé

Poudrées de rêves
Marguerites ou pâquerettes,
Fleurs embaumées d'églantier
Akènes dans le vent
Le printemps sait nous emporter
En bercement de fougères
En gouttelettes colorées
En nuages froissés
Le printemps s'en va
Il était pourtant si enjôleur
Si précieux
Bien-aimé après les jours gris
Et les nuits inquiètes
Si précieux
Une nuée de pétales renverse la terre
Le ciel en est tout retourné
Il pleure un peu-beaucoup
Un mouchoir s'il vous plait
Au revoir
A plus tard
Je me suis envolée...
  

© Marine Dussarrat


 








 



Au dernier souffle du printemps
Les pétales s'envolent
Et les graines se dispersent
Emportées par le vent
Promesses d'une fructueuse récolte
Sur le terreau fertile
de l'Herbier de Poésies...











Sur le mur de nos dures réalités

Laissons tomber des graines de folie,

Des fleurs  de tendre promesse,

Des confettis multicolores.

C’est ainsi que  librement pousseront
Des guirlandes de fougère:
Le présent fou du magicien
De ce temps sur terre
Qui ne se gère pas
Mais demande remerciement quotidien.

Et sur les murs d'incompréhension
Écoutons alors les fougères  pousser...
Pousser nos cris d'allégresse de joie
De reconnaissance et d'émerveillement.









Du rose à l'âme




Une clarté laiteuse,
un ciel de lit
comme ondée printanière
en cotonnade douce. 
Peu à peu,
les ombres tristes de l'hiver
aux aquarelles grises
succombent
au charme désuet
du souffle de la vie. 
C'est un ballet de joie,
explosion d'insolence
des beautés éphémères
qui roucoulent tendrement
sous les premiers rayons. 
Fête du renouveau, du rose à l'âme,
instants parachevés
pour ces belles impatientes
courant après le temps. 

Un jour, des jours
Et puis la vie s' échappe...












 

Oh ! Printemps, vil marchand de promesses et fadaises.

Au dehors, l’aube de l’an neuf pleure une étrange  lumière,
Promesses multicolores, gouttes  d’un sang  de saison qui l’altèrent.
Sur ces  murailles d’enceinte que font, à ma clairière, 
Les branches d’arbres encore teintées du gris de l’hiver,
Elles volent en rang, ordonnés parachutes, les aigrettes d’une dent-de lion.
A l’œil, le mien, qui regarde, tu arraches un étonnant frisson :
L’ellébore noir, ou l’aigremoine, branches autonomes et filaires,
Font un bouquet de langues vertes, de lierres, qui glissent entre deux matières .
Les fleurs d’aubépine, de cerisiers sauvages, voguent dans un ciel de lait
Comme une couvée un peu perdue sur l’infini marais :
Des pétales s’en détachent, ils se cherchent un destin de confettis.
Pauvres canetons  égarés, perdus : le vent le leur avait pourtant  promis.
Mais aux marchands de fadaises, c’est connu, les mensonges ne coûtent guère.
Oh ! Printemps, vil marchand de fausses promesses et de troubles mystères.


Serge De La Torre 05/06/2017
http://decoeuretdencre.blogspot.fr/











Akènes et fleurs de pommiers




Akènes et fleurs de pommiers
danse le printemps danse
akènes et fleurs de pommiers
si loin déjà

Sur une branche d’acacia, l’homme se rêve
sur une branche d’acacia
quelques pétales sont tombés

L’été dénude le printemps
adieu la robe d’épousée
envie de feu
envie de flamme
envie de fruits
voici la ronde des pistils
et les promesses avortées jonchent le sol
la Terre se fend
la Terre se ride
sourire meurtri
sa robe déchirée

Akènes et fleurs de pommiers
la vie gémit
l’homme se tait

Akènes et fleurs de pommiers
l’espoir gelé
se change en larmes
larmes de ciel
larmes de sang sacrificielles

Akènes et fleurs de pommiers
dernier soupir du printemps
dernier souffle rendu
et pas un cri
dans un trou de poussière
la folie couve
et c’est la mort

Akènes et fleurs de pommiers
voici le chant de la dernière abeille.







Fleur


Elle flotte sur le  Temps
Ignorant le nuage
De pensées ardoisées
.
Elle se laisse porter
Par le rythme enivrant
D'un ruisseau de senteurs
.
Elle tangue et oscille
Papillon éphémère
Sur la brise printanière...
.








 
Poétiser, une question de regard ?

Un titre énigmatique
Pour cette image poétique
"éponge trois" ultime barouf d'honneur
Trois petits tours et s'envolent les fleurs ...

De six à douze
de cinq à sept ou neuf ou onze,

Des rythmes binaires
pas cadencés ou quadrilles
aux valses impaires,

Tout est affaire d'alchimie
entre musique et danse et sens ;

Et par delà les querelles vaines et sans fin, par delà toutes les frontières mentales, l'image sans les mots s'offre au regard de qui sait s'arrêter, juste un instant, juste pour "l'intuition de l'instant"*.



* Gaston Bachelard, L'intuition de l'instant, 1932