lundi 18 novembre 2019

Pour la P. 154 La tête dans les étoiles


Pour vendredi prochain si le cœur vous en dit et si le ciel vous accompagne.


Vincent Van Gogh, Route avec un cyprès et une étoile, 1890, huile sur toile, 92 x 73 cm, Musée Kröller-Müller, Otterlo




"La tête dans les étoiles" avec ARTIPS
Où l’on découvre que Van Gogh est un physicien qui s’ignore.





(1)Turbulence observée dans les gaz
et la poussière interstellaires autour de
l'étoile V838 Monocerotis, photo : NASA


2004. Des astrophysiciens se grattent la tête devant les images époustouflantes que le télescope Hubble leur présente.(1)
Étrangement, l’une d’elles a un petit air familier : un nuage de gaz et de poussières stellaires leur rappelle un tableau…



Vincent Van Gogh, La Nuit étoilée, 1889, 
huile sur toile, 73 x 92 cm, 
Museum of Modern Art, New York

Lequel ? 
La Nuit étoilée de Van Gogh ! 
En effet, le ciel agité du peintre est rempli de tourbillons, tout comme le phénomène observé au télescope.

Ce dernier s’appelle une turbulence : on en trouve par exemple dans les vortex formés par l’eau ou les nuages. 






Mais il y a plus qu’une simple ressemblance entre les deux images…

Une équipe de physiciens veut en avoir le cœur net. 
Les voilà qui mesurent les propriétés des tourbillons de Van Gogh : intensité lumineuse, couleurs, répartition sur la toile…

Ils passent ces données à la moulinette de leurs équations mathématiques et les comparent aux propriétés physiques des tourbillons naturels. À leur grande surprise, cela correspond tout à fait !


Arp 273, un couple de galaxies en interaction situées à environ 300 millions d'années-lumière de la Terre, dans la constellation d'Andromède, photo : NASA


Ébahie, l’équipe examine d’autres tableaux. 
Plusieurs toiles de Van Gogh offrent des résultats similaires… En revanche, les œuvres d’autres artistes, si mouvementées soient-elles, ne donnent rien.



Vincent Van Gogh, Autoportrait, 1889, 
huile sur toile, 65 x 54 cm, Musée d'Orsay, Paris


La technique des peintures vibrantes et agitées de Van Gogh est donc unique. Pourtant, l’artiste n’avait aucune idée des lois complexes derrière les turbulences. Elles ont été énoncées bien après sa mort, et les physiciens s’arrachent encore les cheveux dessus !






Les surprises ne s’arrêtent pas là : coïncidence ou non, les turbulences presque parfaites de Van Gogh datent de ses épisodes les plus psychologiquement troublés.


La Nuit étoilée, par exemple, est peinte depuis l’asile dans lequel l’artiste décide de se faire interner après de graves crises. Rien de tel dans ses périodes paisibles.

Pourquoi ? Le mystère reste entier…



jeudi 14 novembre 2019

Voici la page 153

Didier Larive "bestiaire sur le sable et autres photos prises au lofoten - Norvège-"


Un nuage
Sur la plage, alangui
Dans la torpeur
De la nuit
Sous l’œil de la lune
Affranchie
Enlace un mirage.
Course du temps
La marée efface les traces
Et sculpte l’espace.
Le ciel
A laissé son empreinte
Sur le sable
Et dans la mer
Dilué son teint.

Sylviane Méjean
(sans blog)





Le petit mirage...


Seule sur la plage,
Soudain...

Méduse ou sirène
Sirène ou méduse
A la fois l'une et l'autre
L'autre et l'une,
En rester médusée...

Difforme, informe, dix formes
Nuances de gris
De quelle pluie est-elle tombée
De la dernière... ?

Corps
Aspect coupe de bois
Vaguement femelle
Plus éléphant man
Que Vénus...

Martienne, peut-être,
Ou, quoi au juste... !?

Une vague a repris la chose
Cette chose, indéfinissable,
Intrigante, difforme, informe, dix formes...
Le sable mouillé
Offre ses petits mirages, à marée basse,
Voilà, c'est cela, s'en était un !

    Mirage à mes pieds    
méduse allures de sirène
Bestiaire de plage




















Méduses

Dans le secret du grand nord, au bord d’une plage déserte, réunion au sommet de la gente méduse.
Grand-mère préside, la famille s’agglutine. Les petits enfants se faufilent. Chacun cherche la meilleure place pour bien entendre les conseils d’une sage…

Auréolée de gloire
l’ancêtre a la parole
famille tout ouïe

Petites et grandes s’enracinent, sous le pâle soleil d’hiver. Plus l’ancêtre s’exprime plus son aura grandit. Le souffle du vent les berce lentement, en lévitation à ras du sable en son habit d’hiver. L’attention est palpable, les yeux s’écarquillent.

Grave et songeuse
grand-mère clôt son discours
place au festin

Chaque année, le rite est immuable, après de longues échappées individuelles, le repas de famille s’impose comme une tradition.

Chacun a sa place
sur l’arbre généalogique -
photo de famille

Curieuse, de loin, je les observe. La photo serait presque trop belle. 
Grand-mère en conteuse magicienne, parle de la vie comme elle fut, comme elle est, raconte les légendes et histoires de monstres marins, du froid d'ici, de la chaleur d'ailleurs.

Silence respectueux
petites et grandes écoutent
médusées
















Bonhomme


Sur le sable du rivage glacé
Suggéré par la vague
Un bonhomme enchevêtré, échevelé
Dissous et haletant
Clame son désarroi, ses regrets, sa frayeur,
Fissuré jusqu'à la moëlle
Il réclame de l'aide
Figure d'homme en perdition
Avant que la marée ne l'ait entièrement
Effacée









 Les tournesols sur le sable,


Du néant émergent parfois d’incroyables figures,
Un dais de sable en hiver vous révèle une merveille,
Sans dessein aucun, la nature organise ses possibles,
Et fait émerger de rien, quelqu’incroyable folie.
Comme si la beauté était un hasard nécessaire,
Une préfiguration signifiante d’un invisible sans forme :
Une donnée organisée qui se dévoile par surprise
Et qui s’offre au regard s’il en est un pour la saisir.
Chevelures de sirènes, algues flottantes,
Ronds sur la glace, plages lavées à grandes eaux :
Ainsi émergent sur les Iles Lofoten de Norvège,
Des tournesols que n’auraient pas reniés Van Gogh.








Effet Mère

Créature échevelée
au visage protéiforme *
née d’une mer encrée à la roche empruntée
Tu fus
Douloureuse Mère aux mille seins
Tu fus
Jusqu'au bord de la folie
Tu fus
ô Toi Terre-Neige !



* protéiforme : qui change de forme très fréquemment (selon Le Larousse)











La fille du grand Butull


Du fond des abysses, là où l’étrange est chose courante, est remontée la fille du grand Butull.  La fille de qui me direz-vous ? Butull, le seigneur de l’obscur butyreux.  Celui épais, crémeux, où l’on s’enfonce jusqu’aux mollets. Enfin, mollets,  façon de parler. Là en bas, règnent plutôt les nageoires, épines et autres tentacules.

Nuit bitumée-
Quelques étoiles brillent
Aux crocs d'un prédateur

Univers mystérieux, glauque à souhait,  qui ignore le romantisme, les amourettes roses et les sérénades au clair de lune.  La fille du grand Butull,  prénommée tout simplement Butullette, a vaguement écouté le chant d’une sirène. Acte caractérisé de désobéissance. Car, c’est bien connu, ces êtres enjolivent et trahissent la réalité. D’où le danger à boire leurs paroles.

Ténèbres déchirées
Au bal des poissons ogres
Valse des écailles

La curiosité étant la plus forte, Butulette décide d’abandonner son corail favori et de se laisser flotter au gré des courants froids ou chauds. L’esprit d’aventure lui tient lieu de bouée et le rêve de gouvernail.

Petite fleur de l’abîme
Vêtue d’algues et de sable
La princesse divague
Sur l’humeur océane

Peu à peu, au fil des heures ou des jours, Butulette s’approche de la lumière, affleure à la surface de la mer, jouet involontaire du jeu des vagues.  C’est amusant et  magnifique ! Le soleil, les oiseaux, les petits poissons qui bécotent et chatouillent, que de découvertes enthousiasmantes ! La fille du grand Butull, épuisée de bonheur, finit par s’échouer sur une plage inconnue.

Betty Boop marine
Sur la laisse de mer
S’abandonne, ravie
Aux caprices de l’eau

Sa beauté insolite est remarquée par un photographe de passage. Le temps d’un clic, et hop! Insaisissable, la voici repartie pour un nouveau voyage ….









Le doigt de Gaïa
ou le stylet d'Ouranos
a gravé la trace

en un unique visage
des dix mille âmes errantes*

Très loin vers le nord extrême, naguère préservé de trop d'humains, la laisse de mer dépose quelques bois flottés éparpillés dans l'écume. La lueur pâle de l'aube sauve encore pour un temps de rares parenthèses virginales. Les innombrables noyés forment un tout qui s'énivre à la douceur blême d'Hélios.

Dans la chevelure
par la vague ébouriffée
mille pensées folâtres

Vingt et cent millions de spectres
y pleurent un Graal impensable.


* allusion au poème Tous les morts sont ivres, d'Oscar Venceslas de Lubicz-Milosz
https://laremisedefadosi.blogspot.com/2012/03/tous-les-morts-sont-ivres-doscar.ht


Et aussi :

 








Sous la caresse du soleil
une mère offerte, un enfant avide.

le soleil déchire le voile
des brumes lactées des Lofoten
Dans l'aurore qui s’accroche au jour.

parenthèse virginale
d'une nuit sans fin.

La main d'une déesse nourricière
a offert au nouveau-né
ivre de vivre mille vies encore
cette douce vestale de sable.

Ses tétons généreux
sont des grelots de rires
loin de la fureur
d'un monde crépusculaire.








Ami, sais-tu ?


Quel mot
Lavera l’encre de ses oripeaux ?
Quelle audace
Libèrera Ondine de ses flots ?
Quel songe
Débordera de mes rêves ?
Ami, entends-tu les chants d’espérance ?
Quel est le murmure
Qui enfle en éclats d’aube
Sur nos pages de sable ?
Quel est cet élan
Au diapason du Monde ?
Dans quelle trame
Ourdir le silence ?
Ami, sais-tu l’émerveille 

Myriam Roux
(sans blog) 





Encre

J’ai agité ma plume
Au-dessus de la page blanche.
Un mot a perlé.
Puis un autre.
L’encre jaillie a dessiné
Sur le papier
Une phrase.
D’autres ont ruisselé.
Leurs méandres ont irrigué
La feuille,
Mon coeur.
Jouer de l’éphémère,
La vague recouvre le dessin.
Jouer de l’impermanence,
La vie recouvre le dessein.

Myriam Roux 
(sans blog)







La fille d'algues


Elle est là, alanguie, bercée de vagues, façonnée de courants. Fille d’algues et sable, princesse des tourbillons, elle s’abandonne.

Une vague s’en va
comme vie se retire
jeu de l’illusion

Est-elle pythie, oracle des profondeurs ou accident, cette déesse aux multiples seins révélée par l’océan ?

Elle est, c’est un fait
là, offerte à nos regards
l’instant du rêve

Elle porte en elle des visages, esquisses nées de ses pensées qui créent dans l’instant celui d’après.

Beauté fugace
que le vent ébouriffe
avec la vague

beauté sans lendemain
reine de l’éphémère.

©Adamante Donsimoni (sacem)




Merci à tous les brins, nombreux cette semaine 
un texte et parfois deux 
une belle inspiration. 


Alors, merci à Jeanne Fadosi qui nous a proposé cette si belle photo

&

 merci à Didier Larive de nous l'avoir prêtée.




Bonne fin de semaine et à vendredi prochain.
Adamante






vendredi 8 novembre 2019

pour la Page 153



Une proposition de Jeanne Fadosi qui, se promenant sur le web, a trouvé cette image signée Didier Larive. Un grand merci à lui de la prêter à nos mots.
Alors n'hésitez pas à visiter son blog, déposez quelques mots. Un sourire, ça fait toujours plaisir.

À vendredi prochain.


Didier Larive "bestiaire sur le sable et autres photos prises au lofoten - Norvège-"



vendredi 1 novembre 2019

La 152 vient de fleurir



Dessin Adamante



À l’orée du bois
sa maisonnette endormie –
à petit pas elle s’éloigne

Juste un peu de feu dans la cheminée, une lanterne à sa porte, dans le silence de l’aube pas à pas elle avance. Femme frêle, courageuse, femme écureuil à la cueillette saisonnière, à la ramasse de petits bois…

Autour du cou
sa grosse écharpe grise –
bise automnale

Le tapis de feuilles crisse sous ses pas. Un bois mort tombe, craque dans la pénombre. Lentement le soleil se glisse à travers troncs et feuillages. Un rayon de lumière caresse le jaune, le rouge, l’ocre du jour en une palette mordorée. Elle se baisse, cueille, coupe, entasse. Elle avance…

Une flamme rousse
comme une compagne matinale –
fausse solitude

Elle avance encore. Au creux des racines quelques champignons, plus loin des châtaignes, en partage. Son fagot de bois grossit en sa hôte. Elle fredonne un chant triste et mélodieux. Un chevreuil détale, un pic-vert en rythme lui fait écho…

Sa masure au loin
l’appelle à revenir  –
demain l’hiver

Elle rebrousse chemin, pousse sa porte. Dans la cheminée seules deux, trois braises rougeoient encore. L’automne lui a souri. La saison se meurt. Elle ne craint pas. Elle sait. Depuis son premier printemps elle avance vers son dernier hiver, naturellement…
Hier son homme, sans elle, a franchi ce pas, demain sereine, elle aussi, le franchira.





    

Bonhomme et sa vieille...


A la tombée des feuilles
Tombent les plus vieux pareillement
L'automne est saison de mort naturelle
Chante Georges de Sète...

Elle ramassait du bois mort
En sabot de bois
Au bois de la saint Martin
Et autres châtaignes
A jeter au feu de ce même bois mort...

Lui braconnait bien un peu
 Le lièvre fauve de l'automne
A cuire au feu
Au feu du bois mort de sa vieille
Qu'elle ramassait au bois...

Il était une fois
d'un bois à sa lisière
Des gens de peu

Elle allait tant bien que mal
Dans son corps bossu
Dans ce nouvel automne
Qui fait mourir naturellement
Les feuilles
Et les vieilles gens...

Lui patientait pipe aux lèvres
Assis près du feu de bois mort
Que la mort le surprenne
Une nuit au lit
Comme sa femme autrefois
Avec la Perrette, blanche comme lait...

 Elle est allée une fois encore, un soir,
Ramasser du bois mort au bois
Pour réchauffer son vieux bonhomme
Arrivé à l'hiver de l'âge
Pendant qu'il rendait l'âme 
Près de l'âtre en train de mourir
Faute de bois mort
Lui au bout de sa vie, naturellement...

De sa vieillesse
chandelle à bout de cire
s'éteindre en silence

Mais avant de partir
Elle lui avait rempli son verre d'eau de vie
Pour éloigner la mort
En se signant par deux ou trois fois...
Quand elle est revenue sa vieille
Il était raide comme cierge de Pâques
Lui, son bien vieux bûcheron
Qui lui avait taillé des cornes, jadis...

Les feuilles meurent
les vieilles gens tout pareil
dans la saint Martin






















Courbée sous la peine
la vieille est allée au bois
par abnégation

une pensée fugace
s'insinue en tête
qu'est devenue la liberté

qu'elle allait quérir
en quittant le joug paternel
pour la bague au doigt ?

si mélancolique elle est
c'est du vide immense
qui s'ouvre dessous ses pas

où sont donc ses illusions
de jeune et fière pucelle ?











Dessin Jamadrou 
Les feuilles mortes galopent sur le dos du vent
et livrent leur secret
"La mort est naturelle"
pour réchauffer mon âme
le bois mort
tout feu tout flamme
crépite de joie
alors
sur le dos des couleurs du temps
je me laisse ravir par le grand vent
les oiseaux en partance pour témoins.




et pourquoi pas Montand pour illustrer l'image de Jama ?
















La vieille


Un chemin de campagne et tout autour les bois. L’humidité colle les feuilles aux godillots maculés de terre de la vieille femme. Voûtée, elle chemine face au vent.

haleine de brume
la respiration courte
elle avance

Quelques bogues oubliées ouvrent leurs bouches sales à son passage. L’eau est partout qui fait l’humus.

la putréfaction
étape vers l’autre forme
résurrection

Demain est un leurre, le temps est à l’instant. Dans cette campagne misérable, chaque pas est vie, résistance, défi. Le ciel le sait bien qui se confond en nuages.

ici tout est lutte
rêves sous les semelles
sourire et cœur las

Quelques instant d’arrêt, comme pour lire l’horizon par-delà les cimes de vieux chêne tordus. Ici tout est patience, on prend le temps de vivre.

Pas d’état d’âme
pas une once de rébellion
juste un désir de feu

Le petit bois abandonné sur la mousse, aux pieds des feuillus dénudés pour l’hiver, est son seul soucis. Elle se baisse, ramasse, se relève, recommence. Le fardeau se fait lourd. Mais tout à l’heure le feu.

à peine un râle
le dos courbé de branches
elle s’en retourne

Bientôt dans l’âtre brûlera ce feu tant espéré où ses vieux doigts raidis danseront vers les flammes. Le silence, plus fidèle qu’un chien, lui parlera encore, et de son sourire édenté elle le remerciera.

de soupir en sourire
quand elle hoche la tête
elle acquiesce à la vie

aimer ce que l’on a
est il de plus pur désir ?


Une découverte avec le bois mort (ça me rappelle un peu Cat Steven -que j'adore-  (en moins bon d'accord)                         https://youtu.be/K_81RWgjoGM