Au fil de la vie, chaque paysage emplit sa garde-robe de nos souvenirs et s’habille de la richesse de nos regards.
Sans mot, sans voix
j’écoute la cascade d’or
son chant d’eau
Verrais-tu seulement ce que j’y vois ? Te souviendrais-tu de nos escapades ?
A fleur d’enfance
renaissent les souvenirs -
notre torrent alpin
Là-haut, tout là-haut le glacier recule lentement, en bas la cascade nous enchante.
Entre pont et barrages d’un jour, se bousculent nos jeux d’alors, fous rires et inconscience…
Aux couleurs chaudes
se mêlent bleu et vert tendre
l’été s’installe
Tant de saisons depuis ont défilé, parsemées des multiples nuances de la vie. Couleurs et nuances se coordonnent. Les unes faisant échos aux autres, du printemps à l’hiver, oscillant d’hier vers aujourd’hui et réciproquement… Goutte à goutte, la clepsydre s’écoule. Les années passent…
Seule, je contemple le paysage, en remontant l’horloge des ans…
Au fond, tout au fond de la grande forêt aux arbres vertigineux, le soleil n’atteint jamais le sol.
Mousses et lichens-
Elle se promène sans peur
La grande limace
Sous le couvert des branches tissant une toile vert bouteille , Floïde, fils de Cahout, et petit fils de Cahout, s’ennuie à mourir.
Une… deux… trois fourmis…
Noires comme le jour
Sans ami et sans joie
Floïde se morfond en soupirant très fort. « Qui souffle ainsi à m’assécher le dos? » se plaint la grenouille verte. « C’est moi Floïde, fils de Cahout et petit fils de Cahout ». « Cahout? Jamais entendu parlé. Pourquoi ce vent sur mon teint satiné? ». « Parce que je ne sais pas quoi faire. C’est casse-pieds! ». « Ah bon? A ce point là? Allez, suis-moi petit Floïde! »
Nappe d’eau dormante-
Feu d’artifice
Des libellules
« Alors Floïde? Un bon bain, ça te dit? » . »C’est que… » hésite le petit Cahout. « Quoi? Cela ne te fait pas envie avec ce temps sec? ». Floïde avoue, piteux « Je ne me suis jamais baigné. C’est défendu ». « Défendu? Pourquoi? » s’étonne la grenouille. « Je ne sais pas. C’est interdit, c’est tout ». « Bah, sûrement des bêtises d’adultes qui ne veulent pas que tu te baignes tout seul. Mais je suis là pour te surveiller. Allez viens! » Et hop! Le batracien saute à l’eau et, hilare, asperge le petit Cahout.
Aux reflets de l’eau
En ricochets
Moult éclats de rires
Floïde ivre de bonheur plonge et remonte couvert de feuilles et d’algues. Il barbote, frappe le liquide, fait des bulles. Tout à son allégresse ne s’aperçoit pas qu’il se délave à vue d’œil. Le voici jaune comme un citron. Qu’importe. Il n’en a cure. C’est si bon la vie quand on a un copain!
De l’eau, le soleil, comme de la mère et père tout à la fois, l’enfant.
Du milieu aquatique, le bleu reflet de ciel, le vert. L’air nourricier indispensable aux racines joue d’échanges gazeux à la surface du magma.
Une fougère
quelques algues alanguies
et le bois mort
Il flotte dans le courant
un grand désir d’ascendre
Le monde balbutie, expérimente formes et mouvements, couleurs et parfums. Déjà il est en partance pour sa fin. L’or du printemps est éphémère.
Vivre c’est s’user
aux frottements incessants
du temps qui passe
Le rouge n’a qu’un temps, il brûle puis doit laisser place. La cendre succède au feu, c’est la loi.
Tenir n’est pas vivre
vivre n’est pas soumettre
vivre c’est être
Vivre, c’est comprendre la nécessité de composer à chaque instant avec le chemin, de s’arrimer, racine bien en Terre, afin d’accueillir le ciel. Demeurer tout à la fois souple et droit, c’est cela la maîtrise.
N'auriez-vous pas vu le cheval allongé au pied de la chute ? Où vont donc se nicher les paréidolies !
M'en allant
M'en allant promener J'ai trouvé l'eau si belle Que je m'y suis baignée, toute nue, Au clapotis de sa cascade.
Je me pensais seule Comme sur ma plage abandonnée Quand on range les vacances Dans les valises en carton ; Je l'ai cru, naïve, L'île de Robinson c'est du roman, Elle avait ses cannibales.
Un vieil ogre, sortit sans doute d'un conte, Planté sur la berge M'envisageait, comme une proie Mangeur d'enfants, Rugueux comme une écorce.
Je n'ai que des cuisses de grenouille Ne ferai qu'un maigrichon repas ! Ouste !
Le soleil dans les yeux Un arbre devient vite ogre.
Un berger et ses moutons Le mirent en fuite, chut, entre nous...
Au clair d'un jour m'en allant au fil de l'eau La divagation
Le temps s'était remis au beau, nous avons emballé des sandwiches, enfilé nos bottes, nous sommes partis vers la forêt pour y camper quelques jours durant les vacances de Pâques.
Jean traînait un petit chariot sur lequel la tente, les sacs et tout le matériel étaient entassés.
Nous avancions à la queue leu-leu sur le sentier, nous ne parlions pas pour écouter vivre la forêt et entendre chanter les oiseaux.
La forêt s'éclaircissaient en une belle clairière et la rivière s'offrit à nous au détour du sentier, l'eau cascadait en son milieu, le bruit argentin de cette eau nous rafraîchissait déjà, la clairière embaumait, une odeur de terre et de végétaux mêlés, tandis que le soleil dessinait des arabesques de lumière allumant des éclairs à la surface de l'eau et sur le sol, tout était tranquille.
Après avoir monté la tente, nous sommes entrés à petits pas dans l'eau froide et claire, les galets roulaient sous nos pieds et le coucou chantait ses deux notes quelque part sur un arbre...
Le soleil s'est couché tandis que la nuit s'insinuait doucement dans la forêt, une chouette s'envola en quête de nourriture en hululant, nous étions assis autour du feu pour manger, la pleine lune éclairait le sous-bois, les oiseaux se taisaient dans les nids, nous fîmes de même goûtant la paix de la nuit qui nous enveloppait comme une cape de velours bleue.
Jean sortit son harmonica et souffla doucement, emplissant le sous-bois d'une douce mélodie.
Et tandis que la lune riait à travers les branches, nous nous endormîmes sous la tente, bercés par le chant de la rivière, qui emplissait la clairière.
Un jour c’est entre ombre et soleil que le petit lutin de la cascade m’a parlé. Sa voix glissait sur les cailloux, modulait sous le flot et les rebonds, j’ai tendu l’oreille. Il m’a dit de ne pas m’inquiéter, que le monde pouvait se régénérer, que les hommes qui voulaient le bien de la planète finiraient par obtenir que la générosité et l’amour gagnent et que le goût du pouvoir et de l’argent des puissants ne continuent pas à écraser les peuples.
J’ai eu envie de le croire, et de m’emplir les yeux de la beauté du ciel, du parfum des roses, des rouleaux chantants de la mer, de la neige des montagnes brillant au loin comme une promesse de félicité…
Sous les saules pleurant une sève gommeuse, il serpente, nonchalant, entre vignes et jardins… Assise au bord du lit de cette onde voyageuse, cachée parmi les herbes, j'écoute sa musique.
Journée estivale-
O temps suspend ton vol
sur ma nonchalance
Le Trapel clapote, glougloute, gargouille, trahit quelques secrets de sa mémoire liquide. Ce courant murmurant glisse entre mes doigts, caressant, apaisant, miroitant de souvenirs :
Soupirs mélancoliques d’une blonde patricienne attendant languissamment son général romain…
Commérages volubiles, claquements de battoirs autour des lessives des lavandières d’antan…
Naïves complicités construisant un moulin de boue et de cailloux, éclaboussé des rires de pêcheurs enfantins…
Reflets argentés-
confidences aquatiques
à mes pensées bleues
Après maints méandres, le ruisseau grandit, abandonne la fraîcheur ombrée des bois pour parcourir la plaine ensoleillée. Flamboyant de lumière, avoines et coquelicots dansent sur le tempo jeux d’eaux de Debussy…
La nature avance en silence Telle une parole ancienne qui ne cesse de se renouveler. Elle glisse. Elle murmure. Elle façonne le monde Avec la patience de l’eau qui franchit les pierres Et la douceur des mousses qui s’accrochent à la lumière.
Diversité des formes Des couleurs et des sons qui nous ravit nous enchante et nous séduit.
Chaque forme est une surprise Chaque couleur une confidence Chaque son une invitation à écouter plus loin que soi. Dans le frémissement d’une feuille Dans la chute d’un filet d’eau Dans la respiration verte des sous‑bois Elle nous rappelle que la beauté n’a pas besoin de se montrer pour exister. Elle suffit.
chut… chute en cascade sur les pierres moussues chante chuchotis léger sous l’ombre verte des arbres mon esprit s’y fond, en paix
Claudie Caratini
et, à partir de cette photo de Claudie
"La source de l'Infernet". située au pied du massif de l'Arbois, près de Vitrolles, Bouches du Rhône
Ode à la cascade
Splendeur de la nature
Vierge chlorophyllée
Dans son bain de soleil
Phébus la courtisait.
Telle une ondine
Chue du néant
Cascade se pavane
Hors du gouffre béant.
Elle danse tel un farfadet
Par les hautes frondaisons captive
Et frétille dans l'ivresse
Petite flûte enchantée!
Ombrée de mystère
Coulée immortelle
Ta source intarissable
Epuise l'imaginaire.
Cascade, joli muscadet
Buvons à ta santé
Tu es symbole de vie!
Claudie Caratini - (Commentaires à déposer sur cette page)
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Histoire d'eaux
C'est une histoire d'eaux qui court depuis l'enfance, tout près du vieux moulin ayant perdu son âme.
Il ne reste au ruisseau toujours maître des lieux que des pierres moussues couleur de l'émeraude, les clapotis sereins de la cascade limpide auréolés d'un voile aux éclats arc-en-ciel.
Mais l'eau s'écoule toujours, dans ses reflets argent la truite se faufile, les demoiselles bleues frêles et aériennes dansent sur les embruns, le martin pêcheur y joue sa flèche bleue, vive et invincible.
La lumière ruisselle dès le petit matin, les saules bercent leur feuillage léger, l'air doux libère enfin les éphémères ailés où la mémoire chemine sur fond de toile claire.
La vie est blottie là au cœur de l'onde pure, fragile, impatiente, toujours passeuse d'espoir.
Pourtant depuis longtemps, le meunier est parti, la roue s'est arrêtée, les mots ne chantent plus sur les vieux murs de pierres, le temps s'égoutte ici dans un cadre paisible mais pétri de regrets.
Feuilles craquantes, mousses et épineux accompagnent ma marche solitaire au travers des bois. Ils glissent doucement, m’entraînent jusqu’au bord de l’eau. L’humidité qui accompagne chacun de mes pas m’offre ses troublantes effluves, parfum d’humus et de champignons.
Comme il est vivant ce sentiment presque animal d’appartenir à la Terre ! Tout en moi m’annonce l’imminence de la rivière.
J’avance. Le chant d’une chute d’eau s’élève à mon approche, la révèle. Comme il est doux ce murmure qui enfle et m’appelle. Cette voix est celle de la vie, un éclat de cristal lumineux, une nourriture de l’âme, le rappel de temps immémoriaux gravés dans les mémoires humaines.
Au pied de la chute, un cheval d’écume m’apparait, il repose, il semble dormir. Est-ce Pégase goûtant la détente à la source qu’il vient de révéler par la frappe de son sabot ? Est-il le cheval d’eau de la tradition chinoise qui, mêlant fouge et sagesse, guide les âmes par-delà le fleuve des morts ? Le cheval blanc qui les emporte vers le Divin en son bouillonnement sacré ?
Cheval blanc ou licorne ? Né des profondeurs de la roche ces éclats d’eau chevauchés de soleil évoquent le destrier magique qui, en s’ébrouant dans le courant, ensemence les rêves et tisse les légendes.