Communauté de l'Herbier de poésies

vendredi 23 février 2018

Un arbre, la neige, la page 101, des contes

Photo jean jacques Neste (les amis de la Creuse) Merci à lui




Jardin invisible

Dans la nuit, en catimini, mademoiselle Neige s'est unie à monsieur Brouillard au pied de l'arbre à palabres bien étonné du décor dans lequel il s'éveille aux lueurs du matin et s'ébroue au vent léger.

Il pleure en dentelles
sur la page nue et glacée
sentinelle sombre.

De loin au bord de ses marches, Heidi* cherche le lac des cygnes. Les pas semblent aller vers la rive, la devinant dans les plis de sa mémoire. Elle frissonne pour le cygne noir.

L'arbre dénudé
se révèle deux frères siamois
dans leur blanc royaume.

Dans la nuit, en catimini, Dame Neige et Sieur Brouillard ont gommé le paysage, mariant à l'unisson La Terre et Le ciel. Heidi, le ventre content, a sorti ses mitaines, son carnet de croquis et ses pastels. Oh qu'elle aimerait capturer sur ses feuilles le scintillement du givre vibrant dans la lumière blême.

Le silence règne
sur son jardin invisible
jusqu'à l'infini.

Là, "tout est calme et volupté", l'anti-chambre du paradis. Elle ne sent pas la morsure du froid, bien emmitouflée par son pépé, aguerrie à ces températures dans ses montagnes familières.

Comment détester
cette immensité joyeuse,
laideur effacée ?

Elle n'a jamais su, elle ne saura plus, pourquoi son amie détestait avec vigueur tout ce qui évoquait des paysages de neige, même sublimes, même nés sous les pinceaux de leurs peintres préférés.

Le crayon croque les branches,
Heidi songe à son amie.

©Jeanne Fadosi, mercredi 21 février 2018






Fausse solitude
soudés par les racines
être deux

Au plus secret de l’hiver, dans le silence désertique de la lande enneigée, la tête haute, fiers, seuls et solidaires. Vie rude d’un couple qui s’épaule en se serrant les coudes.

Au fil des ans
tous partis vers la ville
leur point d’ancrage

Ils sont nés, ici. Ils ont grandi, ici. Ils se sont connus, ici. Ils se sont mariés, ici. Ils ont construit leur famille, ici. Ils restent les derniers, ici. Ils résistent autant qu’ils aiment la vie, ici.

Leur vie s’essouffle
Ils tiennent toujours debout
tombe la neige

Rien ne les effraie. A la force de leur union, ils avancent d’une saison à l’autre. Leur hiver vient de sonner. La faucheuse peut passer, à force de semer, ils ont engrangé.

Quatre saisons
avant l’ultime au revoir
transmettre l’héritage

Le vent et les tempêtes ont eu raison d’eux-mêmes. Le courage et l’amour a raison du futur. A l’aube de la quatrième génération, entre télétravail et biodiversité, deux jeunes pousses, à la vigueur des racines familiales, assureront l’avenir.

Le printemps s’annonce
ils partent en paix
belle fécondité


©ABC








Neige


La neige est tombée
Sur le plateau embrumé
La nuit se dissipe
Un arbre nu lance
Ses bras au ciel
Cœur battant dans le froid
La raison achoppe
Tout est espoir ouaté
Sous la buée des aubes
Tout est amour chancelant
Il ne faut sutout pas croire
Aux noirceurs du monde
L'instant seul est précieux
Vérité dans les couloirs
Hasardeux et tranchants
De nos vies infimes
La vibration du jour
Nous fait cocon

©Marine D







Solitude

Une longue peau de soie, nacrée, immense de solitude. 
Ses pas de coton blanc mènent droit au jardin de l'oubli.

L'enfant aux cheveux noirs
poussé trop vite
étonné du silence

L'espace nu, engourdi au réveil, surpris de tant d'innocence. Et les notes figées, le matin blême, la lumière diluée où l'horizon s' estompe.
Un voile s' est posé, une paix retrouvée, des souvenirs d'enfance y glissent sur la place.

Les longs bras conquérants
dessinés à la plume
Lui, un phare sur la plaine

C'est le temps du frisson, d'un aller vers le pur, du grand pardon du ciel. La terre a blanchi cette nuit, candide, mère aimante, gardienne des premiers émois, des premiers cris, des premiers pleurs.
Des années de blessures gommées sous l'étoupe des nuages... un semblant de pardon, une imposture ?

Balaline






Arbre

Les pas qui t'effleurent ne sont pas ceux que tu crois
Laisse-toi approcher, laisse-toi regarder, laisse-toi aimer
L'hiver ne viendra pas au bout de toi
Toi qui croît malgré le froid
Ces pas dans la neige crois-moi sont ceux du silence
Un silence qui chaque jour 
De tes racines jusqu'à la cime de la plus haute de tes branches
Fait de ta sève le sang de vie.
Arbre, la neige a dessiné autour de toi le lieu de ton repos
Cette lumière qui respire à travers ce blanc couvre-lit
Ne peut que t'aider à t'aimer
Ne peut que nous aider à aimer.

©jamadrou © 18 février 18  (À fleur d'image)






Billet d’humeur -La neige en altitude

Il a neigé hier par chez nous, de gros (puis moins) flocons, du matin au soir. Dit comme ça, si j’étais en plaine ou au bord de la mer, ce serait un événement… exceptionnel.
Mais j’habite à Saint-Etienne qui est , « après Madrid et Sofia, Saint-Étienne est l'une des plus grandes villes d'altitude d'Europe (env. 170 000 hab. à plus de 480 m d'altitude6,7). La ville est très vallonnée et la tradition locale lui attribue sept collines8 comme Rome, Nîmes, Besançon, Lisbonne, Yaoundé et Bergen[1]. »
J’habite personnellement sur une de ces collines et hier midi, le bus qui nous dessert ne montait plus la colline et laissait ses passagers au bas de la colline.   
Bref, hier, il neigeait dans une ville d’altitude située entre le massif du Pilat et le Massif central. Bref, rien de rare par chez nous.
Personnellement, je ne suis pas très neige. J’aime le paysage enneigé  que je trouve beau mais je ne skie pas. J’aime la regarder tomber de chez moi mais si je peux éviter de me mouiller et de me geler… Ceci dit, comme c’est plus que probable (et souvent annoncé) qu’il neige entre octobre et mars, on met des pneus adéquats, on évite qu’ils soient lisses. Si on ne peut faire coucher sa voiture à l’abri (comme nous), on sort un peu plus tôt et on déneige sa voiture. De toute manière, on se lève un peu plus tôt au cas où les routes ou rues soient un peu délicates. Puis, on s’éclaire si nécessaire et on roule prudemment.
Ça, c’est la théorie, celle du code de la route et du bon sens. Eh bien, hier, une personne sur deux n’était pas éclairée et la même moitié des automobilistes roulaient comme des fous… comme sur du sec.
Sortie de la voiture, chaussée de bottes adéquates, je marche prudemment car je crains les glissages et les chutes mais la neige tombait sur un sol chaud (deux jours avant, nous mangions dehors le midi) et la neige a mis du temps à tenir un tant peu au sol  avant de se transformer en gadoue[2] sous l’effet de la pluie. Bon, je ne vais pas vous dire que c’est agréable de se mouiller les pieds, la tête et le manteau et de goutter de partout en rentrant à la maison. Mais bon, c’est quelques jours par an, non ?
Eh bien, non, les parents de nos élèves appelaient mon lycée (comme à chaque événement neigeux) pour qu’on arrête les cours vite pour qu’eux et leurs enfants ne soient pas bloqués sur la route. Quant aux collègues, ils espéraient bien sûr la même chose.
Moi-même, c’est un temps où j’aime rester sous la couette mais bon, on ne fait pas toujours ce qu’on veut, on s’adapte, on sourit et on reste poli, non ?


  
©Laura VANEL-COYTTE
http:://wwww.lauravanel-coytte.com




Halide ou Deux bouleaux sur un plateau des Monts Aladaglar

« L’horizon commence à leurs pieds,
Et rien ne le limite plus.
Neige et ciel conjuguent
En un arbre unique,
Leur ultime union. »

Elle vécut dix ans sous la tente maternelle, dix ans à jouer librement parmi ses frères, sœurs, cousins, cousines et enfants de voisins. On était pauvres dans ce village d’Anatolie, mais si riches de rires et du temps qui va sans fin.
Sa mère la nommait Halide, ce qui veut dire l’Éternelle.
Son père, lui, ne rêvait que d’honneurs et de fortune. Lorsque, souvent, lui venait une colère, il jurait: c’est Aslye ( la Rebelle) qu’il eut fallu t’appeler ! Halide riait et faisait même rire sa mère.
Il lui trouvait ce père, - peut-on comprendre pourquoi ? -  quelque frondeuse tendance.
Un jour, il l’emmena, au loin, après Sandikli, où s’ouvrent, infiniment grandes, les Portes du Sable, d’insondables déserts de pierres, d’eau bleu, de sable et de sel :

Là, l’horizon commence à tes pieds
Et rien ne limite ton regard.
Sable et ciel conjuguent chacun à leur manière
L’ardeur éperdue d’un soleil pur.

Son père lui dit alors :
« Lorsque te viendront les signes qui te feront femme, je te marierai à un homme riche, venu d’au-delà d’ici. Il est riche de bêtes et de biens. Je t’ai promise depuis longtemps, tu seras sa perle de jeunesse et ainsi, l’honneur de ta famille. »

Pendant cinq ans Halide se souviendrait de cette étendue brûlante, sans commencement ni fin ;  où s’était mêlée son âme comme la fumée le fait au vent. Béni soit son père !
 Du désert lui viendrait un cœur chaud comme l’eau et le ciel de Sandikli, un cœur où se fondre, un esprit large où mirer le sien : comme s’enamoure d’un miroir, la beauté, ; comme une eau fraîche épouse la terre brûlée.
Ses rêves, chaque soir, ramenaient la jeune Halide aux Portes de sable, et elle y voyait avancer un homme monté sur un cheval noir aux nobles caparaçons.   

Son horizon commençait à ses pieds
Et rien ne le limitait.
Sable et rêves conjuguaient
L’espoir d’Halide et les songes de sa jeunesse.

Lorsqu’elle fut, enfin, femme et devenue belle comme une grenade, son père lui présenta un homme : las, il était plus vieux que lui-même, emprunté de richesses, pour sûr. Mais surtout de poids. L’homme sentait le fumier de ses bêtes et le musc des troupeaux, il bavait gras en mangeant, riait fort et rotait en buvant.

Son rêve mourut à ses pieds.
Rien ne lui promettait plus d’ailleurs.
Larmes et désespoir inondaient
Pour cent raisons, le tendre visage d’Halide.

Alors passa par-là, Sevky, preux cavalier des Monts Aladaglar. Son allure chantait le courage et son nom, aussi. Il respirait l’amour et chantait la liberté, sa passion. Il croisa la belle Halide, éplorée au pied de la fontaine. Il lui tendit l’oreille, le cœur et la main.
Tant et si bien qu’Halide monta en croupe et partit avec lui.

Leur voyage commença à leurs pieds
Et rien ne le limiterait jamais, ni ici, ni ailleurs.
Le vent et ciel conjugueraient leurs rires
Et béniraient leur union.

Ils chevauchèrent toute une saison, vécurent heureux et libres sous le dais d’or du soleil et de bleu du ciel. Dans les rudes Monts de l’Anti-Taurus, ils parvinrent. Sevky était bien pauvre. Un cheval ne fait pas une fortune. Mais ils s’étaient rencontrés à ses pieds, s’étaient unis de même, avaient eu faim ensemble et à l’automne suivant, c’est encore là qu’ils périrent, serrés contre ses flancs chauds, enlacés.

Le père, les frères et cousins d’Halide, mêlés aux sbires du vieil homme gras, venaient de les rattraper. Ils avaient bu, les pleutres, pour se donner quelque courage, parlaient d’honneur à blanchir, criaient vengeance, hurlaient au meurtre nécessaire, oubliaient jusqu’à leur folie honteuse d’hommes devenus barbares, pour mieux perpétrer leur crime de lâches.

Les deux corps des amants embrassés reposèrent longtemps seuls, dans la plaine déserte, jusqu’à ce que ne poussent, pour leur faire un abri deux troncs pour un même bouleau.
Et, chaque hiver quand siffle le vent et que de coton emmitouflent les plateaux de la blanche Cilicie, j’entends s’élever ce chant d’infini silence :

L’horizon commence à leurs pieds
Et rien ne le limite jamais.
La neige et le ciel conjuguent
Leur si libre union ;
Rebelle Halide et preux Sevki,
En un seul arbre
 L’éternité embrasse à jamais la passion.










Le chemin de la brume


Il avait suivi le chemin de la brume vers un horizon disparu. Chacun de ses pas crissait, seul bruit pour lui rappeler le monde. Les flocons empressés de fondre ruisselaient sur son visage rougi de froid. Les pleurs sont de l’eau juste un peu plus salée.

Solitude blanche
quelques pas dans la neige
une indiscrétion

Où allait-il ainsi dans ce désert fantasmagorique ? Qui était-il ? Que fuyait-il, s’il fuyait ? Qu’allait-il donc rejoindre ? S’était-il égaré ? Était-il Elle ou Lui ?
Si les arbres pouvaient parler, ils nous diraient bien des rencontres. Mais ce soir, l’arbre est muet comme le sont les arbres.

Il offre à nos yeux
sur l’océan de brume
quelques traits au fusain


Ici, la terre s’est unie au ciel, tout se confond à tout et le géant immobile semble rêver d’envol. Le passant, arbre en mouvement, a disparu, laissant derrière lui sur le sol immaculé quelques empreintes que les flocons effaceront bientôt.

Ainsi va l’homme
quelques traces fugaces
au final, l’oubli.

©Adamante Donsimoni
LE CHAMP DU SOUFFLE 
   




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