vendredi 20 décembre 2019

La page 157 avec Rosa Bonheur





Bonheur champêtre


Doucement la brume se lève
Sur une part de cette campagne
Le berger va pareillement
Menant ses blancs moutons
Vers d'autres pâturages...

Si paisiblement
les journées se suivent
et se ressemblent

De l'autre côté de la rive
Ca boit et ça rumine
Sous l'arbre et le p'tit crachin
 Une vie d'vache nonchalante
Qui va de traite en traite...

Au bidon le lait
de l'étable à la table
Matin angélus

Marguerite pour un film
Qui rit sur une boîte
Au pré pour Rosa
Bonheur champêtre pour l'artiste peintre
Qui va ainsi de toile en toile...

Chevalet dressé
faire le portrait d'une jument
d'un boeuf, d'un âne










Et en avant et hue

Au temps du boeuf et de l'âne
Au temps du cheval
Au temps du temps que l'on prenait
A faire travail et travaux
Artisanal et aux champs
Paysans nivernais d'autrefois...

Au lever dans ses sabots
La jatte de café et son quignon
Et en avant et hue
La cordée de boeufs à la corvée
A midi la soupe au chou
La potée pareille...

Faut labourer la terre
A sillon répété
Et en avant et hue
A retourner toute une glèbe
A pas d'homme et d'animal
La charrue tenue à la poigne...

Et en avant et hue
Boeuf blond blanc et roux
Homme en jaseran et chapeau
Sous l'azur qui cogne
Faut de la besogne abattre
Avant que le soleil se couche...

  Puis le gros pain qu'on signe
Une part de fromage
Un rouge de pays au verre
A s'essuyer les lèvres d'un revers de manche,
Demain sera jour de semailles
Une année bonne et l'autre non...











Tout à apprendre
De nos bovins ruminants 
Paisiblement ment.
Les Tableaux de Rosa Bonheur, pour autant qu’ils m’enchantent par leur côté Nature Paisible,
avaient toute leur place dans les salons bourgeois du fin XVIIIe et XIX siècles.

Paradis perdu
Mais la réalité du dur labeur
Nous est occulté.
Rosa Bonheur , ce bonheur- là n’est-il qu’un leurre ?
Je pense que vous le saviez.












Le vacher


Il ramène son troupeau de bêtes
Pour la traite.
Tenant une longue tige de noisetier
Il fouette la vache récalcitrante
Qui s’écarte,
ou bien s’arrête brouter.
Son chien court autour de lui et du troupeau,
Le guidant sur le chemin du retour.

Les vaches agitent leur queue,
Tentatives vaines
Pour écarter la nuée de mouches.
Celles-ci vrombissent sans répit,
Et c’est comme si
Les vaches transportaient sur leur dos
Le bourdonnement incessant
De la prairie.

La routine empruntée quotidiennement
Porte la trace de leurs passages répétés.
Ça et là, des ornières plus profondes,
Comme si chacune
Avait voulu mettre son sabot
Dans celui de celle qui la précède.
Des bouses jalonnent le parcours,
Et les plus desséchées
Se mêlent déjà à la terre,
Qui les absorbe.

Arrivées à l’étable
Elles marquent un court arrêt,
Avant de pénétrer dans l’antre sombre.
Alignées en rangs rapprochés,
Une touffeur
Saturée d’odeurs
Envahit l’air;
Elles exhalent
La chaleur
Des après-midi d’été.


Myriam Roux











Quand Rosa peignait, c'était certes pour la beauté du résultat obtenu, mais ce qui importait avant tout, c'était le souci du vrai. A la manière des naturalistes, ces savants le plus souvent anonymes qui diffusaient et faisaient avancer la connaissance grâce à la précision de leurs planches anatomiques et botaniques.

Oiseaux d'Audubon,
Roses de Joseph Redouté,
Tant d'autres innommés.

Quand tout à leur art et à leur science elle(s) et ils observaient et reproduisaient sur le papier ou la toile, savaient-ils qu'elle(s) et ils oeuvraient pour la mémoire d'un monde en voie de disparition ?

Qui dans les grottes,
mammouths figés aux parois,
savaient leur destin ?

Devina-t-elle, au crépuscule de sa vie et à l'aube des images animées, l'extraordinaire potentiel du cinématographe ?

La gare Saint-Lazare
sous le pinceau de Monet,
le moderne en marche.

Une modernité chargée d'emmener plus vite et plus loin des urbains dans les campagnes et les bords de mer. Le fer et le minéral au service d'une nouvelle manière de frôler le monde sans s'y intégrer, sur un temps de loisir. Les tableaux de Rosa invitaient à être dans le paysage.

Aux couleurs d'Edouard Manet
déjeuner sur l'herbe
et tout un microcosmos.

















Nostalgie des labours


Ici, dans cette toile de Rosa Bonheur, pas de vrombissement, la terre crisse sous les sabots. Voici l’image d’un temps révolu où l’homme et la bête avançaient au rythme naturel des muscles et de la respiration. Hu ! et le cortège reprenait vigueur.

Les bœufs sont partis
ils ne servent plus à rien
rayés des cartes

Les jougs désormais décorent les musées, avec les socs des charrues, les tombereaux, les charrettes d’antan. Ceux qui les ont utilisés sont morts. L’espèce bovine a évolué.

Plus de castration
les veaux du tout venant
partent pour être engraissés

Plus de sillons sous leurs sabots,
et pas le temps de vivre

l’Homme est ainsi, l’espèce devenue inutile disparaît, tôt oubliée. Mais au final, c’est lui qui sombre. Si l’art offre à nos regards le témoigne du passé, l’esprit est parfois surpris de ressentir au cœur un tel sentiment de regret. Car ici le temps semble en harmonie avec la nature, cela nous touche.

C’était hier, mais
l’Homme a choisi la machine
la vie en accélérée

loin de trouver le repos
il se débat en enfer.

3 commentaires:

  1. Bonjour la compagnie… Les tableaux de Rosa, ce souci du vrai, comme si depuis notre fenêtre on voyait la campagne, ses champs… une vie toute autre, de nos jours la machine a remplacé l'animal, plus productive, profitable mais coûteuse aussi… plus de place pour le p'tit paysan… Bon Noël à tous, jill

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  2. 12 bœufs pour labourer un lopin et nourrir le voisin voilà une scène qui nous rappelle un temps pas si lointain, celui de ma grand mère, c'est qu'ils mourraient jeunes paraissant vieux nos paysans !
    Merci pour ces tableaux de Rosa Bonheur Adamante, comme une piqûre de rappel sur ce qui était le quotidien des laboureurs.

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  3. bonheur et nostalgie et en filigrane le rude labeur des gens et des bêtes de la terre ...

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